Peintre installé depuis une douzaine d'années à Chédigny, Alain Plouvier a accepté de nous ouvrir les portes de son atelier. Rencontre avec un artiste - artisan qui a mis son égo à l'arrière de ses tableaux.
Le dernier week-end de novembre et le premier du mois de décembre, Alain Plouvier a ouvert toute grande les portes de sa maison de Chédigny pour laisser entrer le public. Une initiative qui a séduit près de deux-cents personnes. Des amateurs d'art abstrait pour l'essentiel mais aussi des curieux qui, pour la première fois, pouvaient pénétrer la tanière de l'artiste. Et peut-être, découvrir la source où l'étonnant peintre puise son inspiration.
Dans le salon, quelques statues africaines habillent des étagères. Un meuble, haut sur pattes, et au style art déco capte d'emblée le regard et un trait de lumière parti du plafond. Au mur, deux tableaux du maître des lieux. Mais aussi une bibliothèque et une cd thèque. C'est ici, qu'Alain Plouvier vient faire un break, le soir, après une journée de travail. « Histoire de me ressourcer, de voir et de faire autre chose. » Est-ce en cet endroit qu'il puise son énergie créatrice ? « Pas forcément ! » Y a-t-il un lien entre ces statues africaines exposées et ses tableaux que d'aucuns disent inspirés par le continent africain ? « Peut-être ! J'ai toujours été inspiré par les arts premiers en même temps, qu'à une certaine époque, par l'abstraction américaine symbolisée par Jackson Pollock, explique l'artiste. Il y a toujours des éléments dans l'environnement immédiat qui sont déclencheurs de créations (…) Vivre à côté de ces statues africaines et de leur volume a certainement modifié ma peinture. »
De l'art concret
Au fond du jardin, deux minuscules ateliers baignés par la lumière vive d'un soleil de décembre. « Le premier est dédié à l'ardoise. Un matériaux que je travaille depuis une vingtaine d'années. » Le second, pour la peinture, le collage, l'assemblage, le formatage. Au sol, subsistent encore les traces de la dernière création. « Je travaille toujours parterre. » Sans doute pour mieux embrasser du regard les volumes de son œuvre. « J'aime la recherche dans l'emploi des matériaux. Le mélange des laques et des peintures (huiles et acryliques, ndlr). Plus que de l'art abstrait, c'est de l'art concret. Un art proche du tactile qui garde un côté artisanal dans la mise en forme (…) Je n'emploie pas de matériaux fragiles donc les gens peuvent toucher. Je les y invite presque… Mais, ils sont étonnés car on leur a toujours dit de ne toucher qu'avec les yeux. »
Ne pas tout maîtriser
« Dans mon travail, il y a pas mal d'incertitude, explique Alain Plouvier. Quand vous mélangez une dorure à l'huile et une laque acrylique, il y a des tas de réticulations aléatoires. Alors, certes il faut avoir une certaine maîtrise technique mais pas non plus tout maîtriser. Le tableau doit rester quelque chose de vivant et de naturel dans lequel les matériaux s'expriment librement. » Pour l'artiste, ce sont essentiellement la main et l'esprit qui travaillent à la création. « Le côté aléatoire des mélanges et des juxtapositions impose, néanmoins, sa loi. » Et de préciser : « un tableau c'est plutôt un continuum qu'un passage d'une œuvre à une autre. Si les tableaux ont des caractères différents. Ils ont aussi un lien de parenté entre eux. » Un lien que l'on retrouve très souvent dans l'environnement immédiat d'Alain Plouvier.
Gratuit mais en vente
Artiste étonnant, Alain Plouvier ne signe jamais ses œuvres. « Ou alors, derrière ! Caché ! » Pour être presque à l'abri des regards. « Dans la création, mon plaisir c'est d'être le premier spectateur du tableau. De voir que finalement un résultat a été obtenu malgré les incertitudes du début. Il y a aussi le plaisir du travail manuel et le plaisir sensuel de la peinture (…) Dans une deuxième phase, il y a le plaisir des autres : la façon dont les gens vont percevoir l'œuvre. Là, chacun apporte son regard, son interprétation (…) Mon travail n'est pas un art d'égo (sic) comme peuvent l'être certains arts. » Pour Alain Plouvier, pas question d'affirmer sa personnalité à travers ses créations, ni même de faire passer un message que d'aucuns pourraient croire subliminale. « Ce que je fais, c'est gratuit même si c'est en vente. Ma vision de l'artiste, c'est celle d'un artisan. Je suis avant tout un passeur (…) Je tends une toile à celui qui veut bien la regarder. A lui d'y apporter ce qu'il veut y voir et y lire ».
Artiste peintre, Alain Plouvier est aussi créateur et « habilleur » de meubles. En collaboration avec l'ébéniste Steven Edrich, installé à Villeloin-Coulangé, il a participé à la réalisation d'un étonnant petit secrétaire, dans la lignée des meubles art déco. « Steven a apporté la forme et moi l'habillage, explique-t-il. C'est lui le maître d'œuvre (…) Le meuble est fait de bois Vingué pour l'extérieur et de Cicomore pour l'intérieur. Les panneaux sont comme mes tableaux : des laques sur papier avec des résines et des perles de verre africaine. ». Ce meuble et deux autres pièces, toujours conçus Alain Plouvier et Steven Edrich, seront exposés à la galerie Arabesque de Loches dans le courant du mois d'avril 2009. Qu'on se le dise !